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30/04/2009

Munich, une aire compacte, urbaine et verte.

Munich en Allemagne, "une ville durable" :

Le " München Perspektiv " est le schéma de planification de la ville. Il a été adopté en 1998 après plusieurs années de discussion entre les différents partenaires. Son slogan est de garder l’aire urbaine de Munich compacte, urbaine et verte. Ce plan couvre tous les domaines du développement urbain : l’économie, les problèmes sociaux, le transport, l’environnement et l’urbanisme. Le principal objectif est d’éviter l’expansion urbaine non maîtrisée en réutilisant systématiquement les friches urbaines et en promouvant la mixité fonctionnelle (résidentielle, commerciale et services) afin de garder la ville compacte.

CONTEXTE

• Un engagement ancien

Munich a participé en 1994 à la Conférence d’Aalborg. En signant la Charte du même nom, la Ville a adopté ses lignes directrices. Dès l’année suivante, la ville décide de créer son agenda 21.

• Une tradition de coopération

La ville de Munich a depuis longtemps laissé une place importante à la coopération et à l’engagement civique dans ses choix de développement.

Le principe de " négocier au lieu de diriger" traduit bien cette tradition de coopération.


DEMARCHE

• Une approche holistique


Le plan intègre les dimensions économiques, sociales, régionales et écologiques au développement spatial. Les directives du plan concernent l’emploi, la prospérité économique, la coopération dans la région, la compétitivité de l’espace économique, le renforcement du rôle des quartiers, l’utilisation des potentiels d’espaces existants en ville pour créer des structures d’habitat durables, la mobilité pour tous et la maîtrise de la circulation automobile.

Il adopte donc une approche intégrée qui décloisonne les différents domaines du développement urbain.

• Une structure flexible

Le " München Perspektiv " prend en compte cette culture coopérative grâce à sa structure ouverte et flexible.

Au lieu d’accumuler des mesures et des objectifs très détaillés, le plan propose des modèles, des cibles à atteindre et des principes généraux qui doivent être mis en oeuvre dans les projets pilotes.

Des objectifs plus précis sont ensuite concrétisés dans des programmes d’action budgétisés et minutieusement planifiés.

Ces programmes d’action sont en général élaborés avec la participation intensive des différentes chambres professionnelles, des associations, des entreprises et du public, en particulier avec les élus des 25 conseils d’arrondissements. Ils sont adoptés après de longues discussions publiques au sein du conseil municipal.

• Les grandes lignes

Le plan définit sept grandes lignes d’action pour le développement de Munich : la prospérité économique, la coopération régionale, l’apaisement social à travers des politiques sociales au niveau local, l’aménagement des quartiers, le développement du centre prioritairement au développement périphérique, une architecture mêlant tradition et modernité, une mobilité adaptée à la ville. Le " München Perspektiv " a été évalué et révisé deux fois en 2000 et 2005. De nouvelles grandes lignes ont été ajoutées concernant la sécurité, la cohésion sociale, la politique familiale, l’écologie, la culture, les nouveaux médias et le sport. Pour mettre en oeuvre les projets pilotes et les programmes d’action, des groupes de travail incluant les acteurs privés ont été créés.

MONTAGE

• Une myriade de projets

Les résultats de la consultation et de la planification ont été par exemple :

un recueil dont le titre est "Munich, une ville durable" où 60 contributions de différents partenaires et experts exposent la richesse des sujets liés au processus de l’Agenda 21 ;
un accord sur 44 projets conformes aux exigences du développement durable ;
un programme "Eco-profit" auquel participent 27 entreprises avec 13 000 salariés ;
la décision du parlement municipal de financer la construction de la "Maison du Monde" ;
en coopération avec les habitants et la Ville la création de la fondation " Munich durable " ; (Zukunftsfähiges München) qui soutiendra la réalisation des projets conçus dans le cadre de l’Agenda 21 ;
le projet " compas de la durabilité " qui vise à élaborer des indicateurs pour un développement durable de Munich.

• Une action pour les espaces naturels publics

Il faut mentionner par ailleurs l’adoption d’une série de décisions du parlement municipal qui vont dans le sens de la création d’espaces publics, dans la ville. Elles concernent, entre autres, la mise en réseau des espaces verts à l’intérieur de la ville, mais aussi leur liaison avec les corridors verts des environs, la mise en place d’un réseau de biotopes au sein de la ville, la réalisation d’une cartographie des biotopes, le développement d’une ceinture verte qui communique avec les environs, l’aménagement d’une partie des berges de l’Isar, la création d’un parc paysager de 200 ha à l’endroit où se trouvait l’ancien aéroport de Riem, à l’est de Munich, l’aménagement d’espaces paysagers dans la ville, l’enquête sur le besoin en terrains de jeux pour enfants, l’analyse, tous les trois ans, des arbres dans la ville aux rayons infrarouges.

• Une Gestion De L’eau Avant-Gardiste : création d’un " filtre naturel d’épuration de l’eau "

Tout commence il y a plus de quarante ans.

A cette époque, le système d’alimentation en eau de la ville à partir des eaux de la vallée du Mangfall est mis en place. Bien que distante de 40 km, cette vallée, qui assure aujourd’hui 80 % de l’approvisionnement de l’agglomération est choisie pour sa pluviométrie élevée, la capacité filtrante des sols, et surtout pour son altitude, qui permet une adduction gravitaire.

La municipalité procède à l’acquisition des terres agricoles du bassin hydrographique du Mangfall. La plupart des terrains sont ensuite boisés.

L’idée, avant-gardiste pour l’époque, est de créer un filtre naturel épurateur des eaux, lequel est "propriété de la ville " sur 1600 ha. La gestion et l’exploitation de ces boisements est assurée par le service forestier municipal pour le compte du service municipal des eaux. Une stratégie payante puisque - 1200 analyses microbiologiques et 200 tests chimiques mensuels en font foi - les 110 millions de m3 consommés chaque année par les habitants de Münich et ses 20 communes environnantes sont, sans traitement préalable, d’une qualité qui s’apparente à celle d’une eau minérale.

Début des années 90, toutefois, le service des eaux note la très lente (mais constante) augmentation des teneurs en polluants d’origine agricole. Certes, les chiffres sortis des éprouvettes sont loin d’être inquiétants, très loin de tout seuil de dangerosité mais l’alerte est tout de même prise très aux sérieux. Acquérir des terres dans le périmètre des zones de captages pour les boiser est une solution vite écartée compte tenu des tensions sur le foncier.

La ville décide donc d’encourager l’agriculture biologique sur l’ensemble des terres agricoles situées en amont de la vallée du Mangfall. Elle va intervenir très directement, sur tous les maillons de la filière, de la production à la commercialisation, se faisant par ailleurs fort d’assurer des débouchés aux produits biologiques dans ses propres établissements : crèches, cantines...

Par ailleurs des aides sont mises en place pour convertir les agriculteurs. La première année (1993) 23 exploitations contractualisent pour une surface totale de 800 ha. En 1999, ils sont 92 sur environ 2200 ha dont 1600 ha dans la zone proprement dite de conversion et 600 ha à l’extérieur. Il reste 15 derniers agriculteurs qui ne sont pas encore convertis. Pour la municipalité, le coût du programme de soutien à l’agriculture biologique - 0,83 M euros /an (soit 1 centime d’euro par m3 d’eau distribué) - n’est pas excessif dans la mesure où la ville évite de coûteux traitements. A titre de comparaison, le coût de la seule dénitrification est estimé en France à environ 30 centimes d’euros/m3. Le projet est une réussite, la progression de la pollution des eaux s’est arrêtée.


• La redistribution de la plus-value foncière

La ville de Munich a développé un modèle de prélèvement sur la plus-value foncière engendrée par des opérations d’aménagement. Les deux-tiers de l’augmentation du prix du foncier revenant normalement à un aménageur doivent être réinvestis dans l’amélioration des infrastructures et dans le logement social. Cette mesure découle de la loi fédérale sur l’équité sociale, adoptée en 1994. Selon cette loi, une municipalité peut décider de changer le statut d’occupation du sol d’un terrain à faible valeur foncière, comme par exemple un terrain industriel, en un terrain à haute valeur foncière, afin qu’il devienne un terrain destiné à recevoir des bureaux ou un terrain résidentiel, créant ainsi une augmentation artificielle du prix foncier. Un tiers de cette plus-value foncière revient au propriétaire, et le reste est redistribué pour les infrastructures et financement de logements sociaux.

• Le contrôle des projets urbains

Un comité consultatif examine attentivement chaque projet urbain avant la phase de réalisation. Il est constitué d’experts, de politiciens du conseil municipal et du conseil d’arrondissement ainsi que d’aménageurs et de techniciens de la ville qui vérifient que le projet ne s’oppose pas aux grandes orientations d’aménagement choisies pour l’agglomération.

• Un lieu d’interface : le bureau d’information sur l’aménagement urbain

Un bureau d’information sur l’aménagement urbain, " PlanTreff ", offre une interface entre les différents acteurs de l’aménagement. Il organise des manifestations, des expositions, des visites guidées pour le public intéressé, les comités de quartiers, les architectes, les universitaires, les médias... Il présente aussi des projets venant d’autres pays européens pour susciter le débat sur la manière de faire de l’aménagement urbain durable. Des cours et des concours sont organisés spécialement pour impliquer les jeunes générations sur la question de la ville durable.

EVALUATION

• Une gestion globale et évolutive du durable

Malgré la complexité de la tâche qu’elle s’était imposée, la ville de Munich a su développer une dynamique complète et évolutive de la gestion de son territoire créer grâce, notamment, à la participation de très nombreux acteurs. La municipalité a su être conciliante et attentive lors des phases d’élaboration, mais aussi ferme et entrepreneuse lors de la mise en place des projets.

Résultat : un espace réfléchi, maîtrisé, et en constante amélioration.

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