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02/05/2009

Culemborg : le quartier écologique d’Eva-Lanxmeer

Le quartier Eva-Lanxmeer à Culemborg aux Pays-Bas :
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Eva-Lanxmeer est un projet de construction d’un quartier écologique d’environ 250 logements sur une zone protégée de captage de l’eau. Lancé en 1994, le quartier est sur le point d’être achevé.

CONTEXTE

• Un projet impulsé par un personnage.

Au début des années 1990, Marleen Kaptein, sensibilisée au développement durable, initie un projet de quartier écologique dans la petite ville de Culemborg. Elle est convaincue qu’en matière de gestion environnementale, un changement des mentalités ne pourra intervenir que si l’on associe les habitants au projet dès son lancement. Le charisme et l’enthousiasme d’une personne sont donc à l’origine de ce projet. D’autres acteurs, intéressés par cette démarche, vont ensuite se greffer au processus de production.

• Les principes de la "deep ecology"

L’idée que l’Homme doit chercher à minimiser le plus possible l’empreinte qu’il a sur son environnement est au cœur du projet Eva-Lanxmeer. C’est la première fois aux Pays-Bas qu’at été autorisée une construction près d’une zone protégée de captage de l’eau potable. La condition fixée par les autorités locales est que les constructions doivent respecter les principes de la "deep ecology".

• Trois piliers dans le projet Lanxmeer

Les trois piliers principaux du projet sont :

les logements, bureaux et ateliers

le centre de formation

la ferme urbaine de Caetshage

Dès le démarrage du projet, la diversité sous toutes ses formes a été au centre des préoccupations. On trouve donc a Lanxmeer des espaces à vendre et d’autres à louer, des maisons familiales et des appartements pour personnes seules. Dans une partie du quartier, les logements sont disposés en courées. Dans tout la mesure du possible, il a été prévu des espaces permettant le travail à domicile.

DEMARCHE

• Un management par le bas


Le processus de production du quartier est, du début jusqu’à la fin, impulsé par la participation. Les futurs habitants, les architectes, les consultants, la municipalité, la compagnie d’électricité et de l’eau, et les promoteurs ont aidé à l’élaboration du plan d’aménagement du quartier. Tous ces acteurs ont participé à un processus d’incubation sociale : réunions régulières pour discuter du projet, des objectifs, du recyclage de l’eau... C’est un bon exemple d’aménagement par le bas où les futurs habitants se mettent eux-même d’accord sur leurs besoins au lieu d’être dirigé par un aménageur.

• L’éducation par la démonstration

Le projet vise avant tout à sensibiliser et à éduquer les citoyens sur leur environnement. En introduisant et en mettant en valeur les cycles écologiques dans la vie de tous les jours, les habitants prennent conscience de la beauté et de la fragilité des milieux naturels, et se sentent ainsi plus responsables de leur préservation.

• L’innovation éco-technologique au cœur du projet

Le projet Eva-Lanxmeer s’inscrit dans une démarche de recherche de nouvelles technologies qui permettent d’adapter les modes de vie humains aux milieux naturels. Pour cela, des partenariats sont créés avec des instituts de recherche et des bureaux d’études techniques pour mettre en place des solutions techniques économiquement viables.

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MONTAGE

• Une co-maîtrise d’ouvrage publique/privée


L’aménagement du quartier est une coproduction de la fondation privée EVA (centre écologique d’éducation, d’information et de conseil) et de la municipalité de Culemborg. Cette co-maîtrise d’ouvrage a donc réalisé le suivi et le montage du projet, en jouant le rôle d’intermédiaire avec les autres acteurs. Elle a décidé de diversifier le plus possible les maîtres d’ouvrage au niveau des parcelles. Il y a des immeubles réalisés sous mandat communal commanditant un bureau d’étude pour remettre un projet finalisé à un entrepreneur, des projets individuels ou collectifs d’habitants et des fondations ayant vocation de soutien au logement.

• Des aides financières multiples

Le projet est financé au niveau européen par le programme COST. Ce fond européen est un cadre intergouvernemental de coopération européenne en matière de recherche scientifique et technique. En outre, pour un grand nombre des habitations construites, la Banque Triodos a octroyé une hypothèque verte à un taux d’intérêt réduit car le VROM, le Ministère Néerlandais du Logement social, de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, ayant délivré une attestation verte pour les habitations de Lanxmeer. Des subventions ont aussi été accordées par le Ministère Allemand de l’Education, de la Science, de la Technologie et de la Recherche, du fait de l’exemplarité du projet au niveau européen, et par un fond privé d’incitation à l’architecture.

• Un mode d’action itératif

Le terrain a été divisé en plusieurs zones de petite taille qui ont été aménagées par phases successives. Cela a permis d’améliorer, à chaque nouvelle phase d’aménagement, le montage du projet en utilisant l’expérience retirée de la phase précédente.

Le site est divisé en quatre secteurs correspondant à des phases dans le temps. La phase 1 a été réalisée en 2000 et comprend les deux premières courées. La phase 2 a été en grande partie réalisée en 2002 et comprend les troisième et quatrième courées. La troisième courée a été achevée en 2005. Dès le début, le projet a réservé sur une partie du terrain dite "le champ des pionniers", de la place pour des constructions expérimentales et des logements en propriété. La quatrième phase sera celle de l’achèvement de l’ensemble du quartier.

• L’exemple de l’immeuble "seniors" Het Kwarteel

L’immeuble d’appartements Het Kwarteel a été réalisé au cours de la troisième phase. Il s’agit là de l’initiative de seniors qui se sont dotés de logements pourvus de soins communautaires. Ce projet leur appartient entièrement en propre, de sa conception à sa réalisation en passant par le plan de développement. Le projet Lanxmeer a intégré dès le début un petit parc de bureaux qui se trouvait sur sa frontière nord. Par la suite, s’y est ajouté un ensemble plus important de bureaux et d’entreprises côté sud.

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• L’autosuffisance énergétique


Un des objectifs mis en avant est d’arriver à un bilan équilibré en terme d’énergie, c’est-à-dire entre consommation production d’énergie se compensent exactement. À l’échelle du quartier, cela se concrétise par l’installation d’une usine de production de biogaz, où les eaux usées, les déchets végétaux et les déchets de jardins sont transformés en gaz redistribué ensuite pour la consommation domestique. Un système central de chauffage, géré par la compagnie des eaux, utilise la géothermie pour chauffer tous les bâtiments du quartier. À l’échelle du bâtiment, le principe d’autarcie énergétique se traduit par l’installation de panneaux photovoltaïques, ainsi que de chaudières solaires.

• Une gestion durable de l’eau


Une technologie particulière a été mise au point pour assurer le traitement des eaux usées. Ces dernières sont captées, dirigées vers des serres, purifiées grâces à des plantes (roseaux), puis déversées dans des petits plans d’eau. Le système d’épuration est entièrement étanche afin de protéger la nappe phréatique située à proximité. L’eau pluviale provenant des toits est collectée dans de petits étangs situés sur la parcelle du bâtiment. L’eau pluviale qui s’écoule dans la rue est conduite jusqu’à des tranchées permettant l’infiltration de l’eau et, donc, le réapprovisionnement des nappes phréatiques. En cas d’inondation, des bassins supplémentaires de rétention de l’eau ont été aménagés dans d’anciens lits de rivières.

• L’architecture durable


Les habitations sont disposées en arc de cercle autour d’un jardin collectif semi-privé. Le mot français "courée" n’évoque que très imparfaitement la disposition de ces bâtiments en arc de cercle autour d’un jardin collectif, ou un square verdoyant.

La diversité se retrouve au niveau des maîtrises d’ouvrage : à Lanxmeer il y a des immeubles réalisés sous mandat communal donné à un bureau de développement qui a ensuite remis un projet finalisé à un entrepreneur, ; des projets individuels ou collectifs d’habitants, ; et des fondations ayant vocation de soutien au logement.

La flexibilité des plans architecturaux rend possible la réalisation d’extensions dans le futur. Les matériaux utilisés assurent une bonne isolation des bâtiments.

• La gestion sur le long-terme


Les habitants ont mis en place un plan de gestion du quartier (24ha), pour rester impliqués dans le fonctionnement après l’achèvement du quartier. Ainsi, les habitants veillent à ce que le quartier ne se dégrade pas avec le temps. Ils s’occupent ainsi de la maintenance des différents espaces publics du quartier (systèmes d’eau, espaces naturels...), trop nombreux pour que la ville puisse en assurer l’entretien à un coût acceptable. Afin de diminuer l’utilisation de la voiture, une norme de parking de 0,7 voiture par habitation a été instaurée. Et pour inciter les habitants à prendre les transports en commun, toutes les habitations se trouvent à proximité de la gare. Le quartier d’Eva-Lanxmeer respecte aussi le principe de mixité fonctionnelle avec l’implantation de bureaux, d’ateliers, d’un centre de formation et d’une ferme urbaine.

EVALUATION

• Une forme de responsabilité écologique


Le projet est une réussite totale en ce qui concerne les objectifs initiaux de sensibilisation et d’éducation des habitants aux questions environnementales.

Aujourd’hui, les habitants vivent en accord avec leur environnement : ils entretiennent les espaces semi-naturels, font attention à leur consommation énergétique... La question est de savoir si cette responsabilité écologique va se transmettre aux nouveaux habitants.

• La plus-value de l’approche participative

Une des clés de la réussite du projet est la participation. Tout le long du projet, les acteurs ont pris part au processus de production du quartier. Cela a permis d’impulser une dynamique de progression et de coopération sur le long terme. Le succès de cette démarche est aussi dû à l’existence d’une utopie, ce qu’on a appelé la " deep ecology", fédérant profondément les différents acteurs. L’émulation, créée par le sentiment de participer à un projet avant-gardiste, a insufflé la motivation nécessaire pour réaliser un projet aussi ambitieux.

• Un projet réplicable ?


Les paramètres implicites d’ordre motivationnel (utopie commune, émulation entre les acteurs) sont des conditions indispensables pour réussir un projet de quartier durable. Il est impossible de les insuffler artificiellement. Une phase préalable d’incubation entre les différents acteurs d’un projet urbain semble donc être indispensable pour répliquer la réussite de Culemborg.

• SOURCES


- La ville durable en Europe, DGUHC/PA4
- www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr
- www.assohqe.org

Commentaires

merci pour cet article complet et clair.

Écrit par : salomé | 27/10/2011

commentaires pertinents. Je me rends ce week end voir cette realisation.je suis preneur d'infos. merci.

Écrit par : gallichet gilles | 16/10/2012

En complément à cet article (déjà très complet), lire le reportage publié dans midi onze sur l'écoquartier :
http://midionze.com/mode-de-vie/eva-lanxmeer-un-laboratoire-social-au-coeur-des-pays-bas/

Écrit par : midi onze | 07/01/2013

Les commentaires sont fermés.