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05/07/2009

Dans les banlieues allemandes, la vie continue sans voitures

 

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Vauban, Allemagne - Dans ce quartier de banlieue aisé, on a l’esprit pionnier. Pour la première fois, certains ont fait ce que peu de mères au foyer débordées ou de cadres supérieurs dépendants de la mobilité avaient osé jusqu’alors : ils ont abandonné leur(s) voiture(s).

Traduit et adapté d’un article d’Elisabeth Rosenthal, publié dans le New York Time le 11 mai 2009 et intitulé “In German Suburb, Life goes on without cars”. Article original disponible à cette adresse :http://www.nytimes.com/2009/05/12/science/earth/12suburb....

Parking, routes, rues pour voitures, et garage personnel sont généralement interdits dans ce nouveau quartier expérimental aux abords de Freiburg, proche de la Suisse et la France. Les rues du quartier Vauban sont complètement “car-free” (à l’exception de l’avenue principale, où circule le tram vers le centre ville, et quelques rues dans un coin du quartier). Posséder une voiture est autorisé, mais on peut stationner seulement à deux endroits, dans de grands parking en périphérie du quartier, la place s’achetant pour 30.000 euros en plus de la maison.

Ainsi, 70% des familles de Vauban ne possèdent pas de voiture, et 57% l’ont même revendue pour venir habiter ici. “Quand j’avais une voiture, j’étais toujours stressée. Je me sens beaucoup mieux ainsi” nous explique Heidrun Walter, coach en communication journalistique et mère de deux enfants, en déambulant dans les rues de Vauban au son des sonnettes de vélo et des cris d’enfants, qui ne sont plus couverts par le bruit des moteurs.

Achevé en 2006, le quartier Vauban est un exemple d’une mode grandissante en Europe, aux USA et ailleurs, pour dissocier vie de banlieue et usage automobile, point essentiel des “plans de déplacement”.

L’automobile est au cœur de la vie de banlieue; de Chicago à Shanghai, c’est comme ça que tout est conçu. Et selon les experts, cette automobile-mania est un gros problème pour lutter contre les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Les automobilistes sont responsables de 12% de ces émissions en Europe (en augmentation selon l’EEA, Agence Européenne pour l’Environnement), et jusqu’à 50% dans certaines régions saturées de voitures aux USA.

Alors qu’on essaie de densifier les villes depuis ces vingt dernières années tout en les rendant plus facile d’accès aux piétons, les décideurs tentent désormais de construire des banlieues en mettant l’accent sur l’environnement, comme réduire les émissions par exemple. Vauban, 5.500 résidents répartis sur 2,5 km², pourrait être le quartier expérimental le plus avancé en matière de banlieue sans voitures. Ce concept basique se développe un peu partout dans le monde dans le but de densifier les banlieues, de les rendre plus accessibles en transports en commun, tout en réduisant les places de stationnement. Dans cette nouvelle approche, les magasins se situent à portée de main, dans la rue principale, plutôt que dans des zones d’activité accessibles uniquement par autoroute.

Tout notre développement depuis la 2nde Guerre Mondiale est centré sur la voiture, et cela doit changer” explique David Goldberg, du groupeTransportation for America, un lobby grandissant composé de centaines de groupes, dont les groupes environnementaux, les bureaux des maires, et l’American Association of Retired People, qui militent pour une société moins dépendante de la voiture.

Levittown et Scardsale, des banlieues New Yorkaises aux maisons alignées avec des garages privés, représentent le rêve urbain des années 50 et ont encore la cote aujourd’hui. Mais de nouvelles banlieues, plutôt comme celles de Vauban devraient voir le jour, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, où la voiture, désormais accessible aux classes moyennes ravage les villes. Aux Etats Unis, l’Environmental Protection Agency promeut des quartiers “car reduced” (pauvres en voitures), et lentement mais surement, on commence à légiférer sur le sujet. Beaucoup de professionnels pensent que les transports publics ont un rôle important à jouer, dans le cadre du prochain plan d’action sur six ans, afin de desservir les banlieues. Dans les plans précédents, 80% des subventions allaient d’office aux autoroutes contre seulement 20% pour les autres transports.

En Californie, le Hayward Area Planning Association construit un quartier comme Vauban appelé Quarry Village près d’Oakland, accessible sans voiture grâce aux transports publics. Néanmoins, ce système inquiète : les promoteurs immobiliers craignent que des maisons à un demi million de dollars sans place de parking ne se vendent pas ou se dévaluent très vite, d’autant plus que les lois américaines préconisent deux places de parking par unité résidentielle. Quarry Village a obtenu une dérogation. De plus, convaincre les gens d’abandonner leurs voitures est souvent un vœu pieux. “Aux Etats Unis, les gens sont vraiment sceptiques quant à l’idée de ne pas posséder de voitures, ou d’en posséder moins“, déclare David Ceaser, co-fondateur de Carfree City USA. Selon lui, aucun projet de quartier sans voitures de la taille de celui de Vauban n’a réussi aux Etats Unis.

En Europe, certains gouvernements réfléchissent à des solutions à l’échelle nationale. En 2008, la Grande-Bretagne a tenté de décourager les gens d’utiliser leur voiture en leur offrant de nouveaux accès en transports en commun. “Ces solutions devraient prendre en compte les emplois, les enseignes de shopping et de loisirs afin qu’elles ne se situent pas dans des endroits où le seul moyen d’accès réaliste est la voiture“, explique le PPG 13, document de planification révolutionnaire britannique de 2001. Des douzaines de magasins, fast-foods, et habitations ont vu leur permis de construire refusé car ils ne respectaient pas les règles de ce document.

Au pays de Mercedes Benz et de l’autoroute (l’Allemagne, NDLR), la vie avec moins de voitures, comme dans le quartier Vauban trouve étonnamment sa place. A Freiburg, la ville est étendue en longueur et les rues assez étroites: de ce fait, le tramway est facile d’accès pour la plupart des habitants. Les magasins, les restaurants, les banques, et les écoles sont plus près des habitations que dans les villes classiques. La plupart des résidents, comme Mlle Walter, font leurs courses à l’aide d’un vélo et d’un panier accroché au porte bagage, ou emmènent leur enfant au parc à vélo sur un siège.

Pour des déplacements dans les zones commerciales comme chez IKEA ou autre enseigne spécialisée les familles pratiquent l’autopartage, ou la location de voiture en libre service mise en place pour le quartier. Avant, Mlle Walter vivait (avec une voiture personnelle) comme à l’américaine. “Si vous en avez une, vous aurez tendance à l’utiliser“, nous dit-elle. De nombreuses personnes qui viennent habiter ici laissent sans problème la voiture de côté.

Le quartier Vauban a été fondé sur les ruines d’un camp Nazi, occupé par l’armée française de la fin de la guerre jusqu’à la réunification de l’Allemagne, il y a 20 ans. Du fait qu’il s’agissait d’un camp militaire, le découpage n’a pas été pensé pour l’usage de la voiture : les “rues” étaient d’étroits passages entre les casernes. Il y a bien longtemps que les bâtiments d’origine ont disparu. Les bâtiments au design moderne qui les ont remplacé ont 4 ou 5 étages, et répondent à des normes élevées d’isolation thermique grâce à l’utilisation de bois exotiques. Ici, on ne peut pas construire sa maison comme on l’entend.

Naturellement, les gens qui achètent une maison ici, sont un peu considérés comme des moutons de Panurge qui, comme plus de la moitié des gens d’ici votent pour les Verts. Pourtant, beaucoup disent que c’est la qualité de vie nettement meilleure qui les a attiré ici. Henk Sculz, scientifique qui regarde jouer ses enfants tranquillement dehors se rappelle de son excitation lorsqu’il a acheté sa première voiture. Aujourd’hui, il est heureux de tenir ses enfants à l’écart de celles-ci, car il n’a plus à s’inquiéter de leur sécurité dans la rue.

Ces dernières années, le quartier Vauban est devenu une niche célèbre, même s’il existe quelques imitations en Allemagne. Le fait de savoir si le concept fonctionnera en Californie demeure une question ouverte. Plus de 100 promesses de vente ont été signées pour acheter un logement dans le quartier sans voiture de “Bay Area” à Quarry Village, et Mr Lewis cherche encore 2 millions de dollars de financements pour voir le projet émerger. Et si ça ne fonctionne pas, sa proposition de secours consistera à un projet de quartier équivalent en terme d’éco-construction, mais l’usage de la voiture y sera autorisé. Ça s’appellera « Village d’Italia ».

Traduit et adapté d’un article d’Elisabeth Rosenthal, publié dans le New York Time le 11 mai 2009 et intitulé “In German Suburb, Life goes on without cars”. Article original disponible à cette adresse :http://www.nytimes.com/2009/05/12/science/earth/12suburb....


 

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